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Sur Club Panda.fr, découvre le petit conte écologique de Roxane en lien avec le thème du mois...

Troubles de voisinage

TROUBLES DE VOISINAGES


Palmes, masque, tuba… tout était prêt !

Le temps d’atteindre le site de plongée, Mathurin s’extasia encore une fois devant la beauté du lagon bleu de Rangiroa. Mer turquoise, ciel d’azur, plage de sable rose, cocotiers à profusion, quelle chance que son père ait été muté en Polynésie. Sous l’eau, le spectacle était tout aussi exceptionnel : poissons-chirurgiens, rougets, napoléons, raies manta, requins à pointe blanche, barracudas, tortues, dauphins... Le lagon n’était que couleurs et féeries naturelles.

Soudain des éclats de voix se firent entendre:

- J’en ai vraiment assez !
- Moi aussi !
- Je ne te supporte plus !

Qui osait perturber une telle beauté ?

Mathurin aperçut un petit buisson blanc qui en réalité était constitué de centaines d’animaux agglutinés les uns aux autres. On aurait dit un immeuble dont tous les habitants ressemblaient à des anémones de mer.

- Du corail....souffla-t-il.

Au centre de l’édifice deux polypes de corail, rouges de colère, se distinguaient très nettement des autres.

- Vraiment, ce n’est plus supportable !
- Moi aussi, je te déteste !
- Mais vous avez bientôt fini tous les deux ! se plaignit une troisième voix.

A cause du tuba qu’il avait dans la bouche, Mathurin ne put leur poser des questions, mais il comprit de la conversation que les deux animaux étaient voisins depuis de nombreuses années. Alors qu’ils n’étaient que des œufs libérés dans la mer par leurs parents pour coloniser d’autres rochers, ils se fixèrent au même moment sur la même pierre et devinrent voisins. Au début, tout se passait merveilleusement bien, si bien d’ailleurs que d’autres polypes de corail vinrent s’accrocher à eux, immédiatement suivis eux-mêmes par de nouveaux venus.

Un jour, malheureusement, la bonne entente vola en éclat : un des deux polypes ayant mangé sans faire exprès le plancton que l’autre voulait déguster. La guerre fut immédiatement déclarée !

Les deux adversaires commencèrent à se quereller, de jour comme de nuit. Leurs voisins, qui n’arrivaient plus à dormir, se disputèrent aussi puis le conflit envenima toute la colonie. Les poissons multicolores et les algues, nichant d’habitude dans les branches du buisson, décidèrent de leur côté de déserter les lieux.

Mathurin était vraiment désolé mais que pouvait-il bien faire ? Il ne pouvait leur parler car il était sous l’eau, il ne pouvait les séparer ou les inter-changer puisque les polypes étaient scellés les uns aux autres et ne pouvait non plus les laisser comme cela puisqu’ils allaient finir par faire partir le plancton, leur principale nourriture. C’était insoluble !

Soudain pourtant une idée géniale lui vint à l’esprit. Deux heures plus tard, ce fut accompagné d’un drôle de jouet multicolore qu’il retourna sous l’eau. Puisque les deux polypes ne pouvaient se séparer, il fallait les obliger à se réconcilier. Et pour cela, rien de tel qu’une grosse frayeur ! Il avait acheté un sous-marin télécommandé en forme de poisson-perroquet, celui-ci étant bien connu des polynésiens pour être un prédateur de coraux. Son raisonnement était simple : si les polypes croyaient qu’un poisson allait les manger, ils seraient dans l’obligation de s’entraider !

Il se mit à ricaner diaboliquement dans son tuba et alla se cacher derrière un énorme rocher. Là, il alluma la télécommande et fit rôder le sous-marin vers le buisson de corail. Petit à petit la tension monta parmi les polypes.

Quand le poisson-perroquet se rapprocha la bouche grande ouverte d’un des deux querelleurs, il vit le pauvre polype, qui ne pouvait pas bouger, totalement horrifié. Le reste du buisson demeura silencieux, paniqué à l’idée d’être dévoré aussi. Le second polype se mit alors à crier de toutes ses forces pour effrayer le prédateur. Comprenant son idée, son ancien ennemi se mit aussi à hurler espérant que cela suffirait à éloigner le poisson. Au bout d’une minute, ce fut l’immeuble entier qui résonna de cris et de vociférations. Mathurin, ravi, laissa le jouet télécommandé rôder encore quelques minutes puis, comme si le poisson-perroquet renonçait à sa proie, l’éloigna vers la surface de la mer.

De derrière son rocher, il entendit :

- Merci… merci de m’avoir aidé…
- Je suis sûr que tu aurais fait la même chose pour moi…

Quel bonheur, sa ruse avait fonctionné ! Il ne lui restait plus qu’à développer la même idée pour toutes les fois où Aglaé sa sauterelle se disputait avec Maurice son triton.